jeudi 19 janvier 2023

Les saintes Théophanies de Notre Seigneur jésus Christ. La fête du Baptême du Christ


Le mercredi 18 janvier 2023 dans le calendrier civil soit le 5 janvier dans le calendrier des Saints Pères notre Fraternité a célébré les saintes Théophanies de Notre Seigneur jésus Christ, manifestation de la Sainte Trinité, de la divinité du Christ et de son Baptême dans les Eaux du Jourdain.

Ont été célébré la Grande Bénédiction de l'eau, de l'Office des grandes Complies (Offices solennel des Complies), de la Litie et de l'Artoclasie (bénédiction du pain, du blé, du vin et de l'huile) et des matines.

Le lendemain, nous avons célébré la divine Liturgie de cette grande Fête du Seigneur.

L'eau consacrée et emportée chez soi est utilisée, à être bue dans la prière pour demander à Dieu la guérison de l'âme et du corps, pour être délivré nous dit le rite de consécration,  pour être "délivré de tout ennemi visible et invisible". Lorsqu'on n'est pas en état de communier (parce qu'on ne s'est pas convenablement préparé à la Sainte Communion, par la prière, la confession sacramentelle et le jeûne), on peut en boire. L'eau sainte se consomme également avec du pain béni à la fin des prières du matin, avant de commencer les activités de la journée.

Nous donnons ici l'article de l'excellent site ORTHODOXOLOGIE de Claude Lopez-Ginisty qui est la traduction d'un article écrit par Anastasia Parkhomchik et intitulé: Stockage et utilisation de l'eau bénite et des prosphores à la maison. Comment le faire avec respect ?

L'eau bénite et les prosphores sont des dons qui nous renforcent sur le chemin de notre vie vers Dieu. Cependant, leurs propriétés remplies de grâce ne se manifestent que lorsqu'une personne accepte ces objets sacrés avec prière, une foi sincère, un cœur pur et le désir d'être plus proche de Dieu. Le respect pour les objets sacrés est l'expression de notre respect pour Dieu, qui fait descendre Sa Grâce à travers eux. Comment ces objets doivent-ils être stockés et utilisés correctement à la maison ?

La signification de l'eau bénite et des prosphores

L'eau bénite est consacrée soit pendant la Grande Bénédiction de l'Eau en la fête de Théophanie, soit pendant les Petites Bénédictions d'Eau. Cela peut aussi être l'eau d'une source sainte. Il existe différentes traditions pour l'utilisation de l'eau de la Théophanie ou de l'eau bénite, consacrées au cours de l'année. Toutes ces traditions traitent l'eau bénite avec un respect approprié.

L'utilisation des prosphores dans de nombreuses traditions est similaire à celle de l'antidoron, qui est partiaken à la place de la communion. Ne pouvant communier tous les jours, nous pouvons atteindre la Grâce de l'Esprit Saint en mangeant avec foi une petite quantité de prosphora (ainsi que l'antidoron ou l'artos) avec de l'eau bénite. Bien sûr, cela ne remplace pas pleinement la Sainte Communion, dont la signification est infiniment plus élevée, mais étant un symbole de l'Eucharistie, la prosphore peut apporter un soutien quotidien à notre force spirituelle et physique. Certains saints sont connus pour avoir limité leur repas quotidien à la prosphore et à l'eau bénite. 

Parmi eux se trouve le vénérable Théodore de Sykeon (VIe siècle), qui  quitta la maison à l'âge de 14 ans et vécut à l'église du grand martyr George, ne mangeant qu'une seule prosphora par jour. Le vénérable Isaac des grottes de Kiev (XIe siècle), devenant moine, a choisi de mener une vie édifiante dans une grotte exiguë et de manger une prosphore tous les deux jours.

Utilisation de  l'eau bénite et des prosphores à la maison

Il n'y a pas de règles strictes limitant l'utilisation de l'eau bénite et des prosphores à la maison par un chrétien. Selon la tradition, il est d'usage d'en prendre une petite quantité à jeun avec une prière et un respect spécial les jours où une personne ne communie pas. Percevant la prosphore comme un substitut de la Sainte Communion, les Pères de l'Église, en règle générale, ne bénissent pas les femmes pour les manger pendant leurs règles.

Outre, l'eau bénite (dans des cas spéciaux et avec la bénédiction du confesseur, avec un fragment de prosphore) peut être consommée à d'autres moments de la journée, quel que soit le repas. Selon les instructions pour la fête du baptême du Seigneur, contenues dans le Typicon, ceux qui se limitent à l'utilisation de l'eau bénite seulement lors de la prise de la nourriture ont tort, "car la Grâce de Dieu a été donnée pour sanctifier le monde et toute la création..." Certains saints Pères (parmi lesquels il y avait aussi des médecins) ont autorisé les gens à boire de l'eau bénite plus d'une fois par jour en cas de maladie ou dans des moments de fortes tentations. Cependant, il est important que cette liberté ne soit pas perçue comme permissivité et il convient qu'une personne aborde cette substance sainte avec la crainte de Dieu.

Autres façons d'utiliser l'eau bénite :

° depuis l'Antiquité, l'eau bénite est utilisée pour l'aspersion d'habitations ou de bétail,

° certains Pères de l'Eglise connus conseillaient d'asperger la nourriture d'eau bénite avant de manger,

° à des fins médicinales, l'eau bénite est passée avec un chiffon sur le visage d'un patient atteint de fièvre ; il existe une tradition monastique d'essuyer les dernières gouttes d'eau bénite consommée transversalement sur le visage.

Il est certainement inapproprié :

° d'effectuer superstitieusement toutes actions magiques avec de l'eau bénite,

° de permettre aux animaux de boire de l'eau bénite,

° d'utiliser de l'eau bénite pour préparer du thé ou pour cuisiner des repas.

Stockage

Afin de stocker l'eau bénite et les prosphores avec révérence, il est nécessaire de trouver une place spéciale pour elles (par exemple, à côté des icônes). Ne conservez pas d'eau bénite au réfrigérateur. En raison de ses propriétés particulières, elle restera fraiche pendant longtemps. Ne placez pas de bouteilles avec de l'eau bénite sur le sol. Il est recommandé de signer les bouteilles avec de l'eau bénite pour éviter de les renverser par accident.

Il n'est pas recommandé d'apporter de grands récipients avec de l'eau de la Théophanie de l'église, en essayant d'en stocker beaucoup pour toute l'année. On sait qu'une goutte d'eau d'Épiphanie peut consacrer une bouteille entière d'eau ordinaire.

Il n'est pas respectueux de boire de l'eau bénite directement à partir de la bouteille. Il existe des tasses spéciales conçues à cet effet.

On est autorisé à jeter une bouteille, utilisée pour l'eau bénite (après bien sûr l'avoir bien séchée). Cependant, pour éviter de mélanger des bouteilles d'eau bénite avec des ustensiles de cuisine courants, il est recommandé d'utiliser un récipient séparé pour cela à la maison (par exemple, un récipient en céramique). La forme d'une telle bouteille correspondra à sa fonction, aidant le participant à ressentir du respect sans associations étrangères.

Les prosphores sont plus facilement stockées lorsqu'elle sont coupée en petits morceaux alors qu'elle sont encore fraiches et séchées ensuite. Pour les protéger de la détérioration, conservez-les dans un sac en lin ou dans un bol à prosphora en céramique désigné à cet effet.

Vous pouvez envisager d'acheter un bel ensemble de céramique, conçu pour stocker et utiliser respectueusement l'eau bénite et les prosphores à la maison.

Ensemble eau bénite et prosphora dans le catalogue du Couvent de Sainte Elisabeth

Que faire si une détérioration de l'eau ou d'une prosphore se produisait ?

Malgré le fait que l'eau bénite reste généralement fraîche pendant plusieurs années, dans certaines conditions, elle peut devenir trouble ou verte ; parfois, un sédiment peut également apparaître au fond de la bouteille. 

Les Pères de l'Église expliquent cela par une attitude insuffisamment pieuse envers la substance sainte. Il peut s'agir d'un récipient mal lavé, ainsi que d'une utilisation ou d'un stockage inapproprié. Bien que même dans ce cas, l'eau de la Théophanie ne perde pas ses propriétés bénéfiques et curatives, elle peut être éliminée respectueusement. 

Dans le cas de tout type de décomposition, l'eau bénite ne doit jamais être versée dans les eaux usées. Selon les canons de l'Eglise, elle doit être versée dans un endroit "non foulé par les pieds". Il peut s'agir d'un puits d'Eglise propre, d'un réservoir d'eau qui coule, d'un arbre ou d'un buisson où personne ne marche (par exemple dans la forêt) ou d'un pot de fleurs à la maison.

Malheureusement, les prosphores moisies ne sont pas rares. La formation de moisissures se produit lorsqu'une prosphore non coupée, contenant encore de l'humidité, est mal stockée (par exemple, lorsqu'elle est conservée au réfrigérateur pendant plus de quelques jours) ou séchée dans un endroit humide. Les prosphores gâtées doivent être brûlées ou enterrées dans le sol dans un endroit qui ne peut pas être piétiné sous les pieds. Il serait également approprié dans de tels cas de confesser le péché d'une attitude impies envers un objet sacré.


Une famille orthodoxe chante le tropaire (ton 1) du Baptême du Christ


Dans le Jourdain lorsque, Seigneur, Tu fus baptisé,
à l’univers fut révélée la sainte Trinité ;
en Ta faveur se fit entendre la voix du Père
Te désignant comme Fils bien-aimé,
et l’Esprit sous forme de Colombe
confirma la vérité du témoignage.
Christ notre Dieu qui T’est manifesté,
illuminateur du monde, gloire à Toi.

lundi 16 janvier 2023

Mémoire de notre Mère Sainte Geneviève de Paris

 

Tropaire de sainte Geneviève, ton 1.

Tes larmes abondantes ont arrosé et fécondé le désert des cœurs stériles, tes prières et tes soupirs ont produit du fruit au centuple. Prie pour ta cité, ô sainte Geneviève, et pour ceux qui vénèrent avec amour ta sainte mémoire 

Kondakion de sainte Geneviève, ton 2.

Pour l'amour du Seigneur, ô sainte Geneviève, tu as pris en haine le désir de repos, ayant éclairé ton esprit par le jeûne, car tu as vaincu les bêtes avec force. Mais par tes prières tu as écrasé l'agitation des ennemis.

Vie de notre Mère, Sainte Geneviève de Paris

Sainte Geneviève naquit en 422 au village de Nanterre, près de Paris. Elle avait à peine sept ans quand saint Germain d’Auxerre , en route vers l’Angleterre avec saint Loup de Troyes , discernant la faveur de Dieu sur l’enfant, annonça à ses parents qu’elle avait été choisie pour servir au salut d’un grand nombre. Il la bénit et lui remit une pièce de monnaie marquée d’une croix comme signe
de sa consécration à Dieu.

Dès lors, l’enfant s’adonna de plus en plus aux exercices de la piété. Un jour, sa mère, agacée de la voir fréquenter trop souvent l’église, porta la main sur elle, mais elle fut aussitôt frappée par Dieu de cécité. Elle ne recouvra la vue que deux ans plus tard, en se frottant les yeux avec de l’eau que sa fille avait mêlée de ses larmes et marquée du signe de la Croix.

Ne trouvant plus d’obstacle de la part des siens, Geneviève fut alors définitivement consacrée au Seigneur par l’évêque de Bourges, Vilicus ; mais elle continua sa vie ascétique dans la maison familiale, car les couvents n’existaient pas encore en Gaule. À la mort de ses parents, elle alla s’installer à Paris, chez sa marraine. Après avoir enduré avec patience une cruelle maladie, elle entreprit de très grandes austérités : priant sans cesse et ne sortant que pour servir les pauvres, elle ne se nourrissait que deux fois par semaine d’un peu de pain et de fèves.

Elle acquit ainsi la maîtrise sur les impulsions de la chair et une grande paix de l’âme, si bien qu’elle supporta avec patience les calomnies et les rumeurs répandues par des jaloux, jusqu’à ce que saint Germain d’Auxerre intervienne pour leur imposer le respect de la servante de Dieu. 

Les Parisiens commencèrent alors à reconnaître sa sainteté et des jeunes filles se groupèrent autour d’elle pour imiter son genre de vie. La réputation de sainte Geneviève se répandit même jusqu’en Orient, et l’on raconte que des marchands syriens ayant rapporté à saint Syméon le Stylite les vertus de l’humble vierge de Paris, ce dernier chanta ses louanges et voulut se recommander à ses prières.

Sainte Geneviève nourrissait une profonde dévotion pour les saints qui avaient jeté les fondations de l’Église en Gaule. Elle fit construire la première basilique au-dessus de la sépulture de saint Denis de Paris [9 oct.] et inspira aux parisiens la pieuse habitude d’y venir en pèlerinage, même par les plus mauvais temps. Un jour, elle se rendit à la basilique en pleine tempête, avec un cierge à la main, sans que la flamme ne s’éteigne. De même, elle contribua grandement au développement du culte de saint Martin à Tours, qui devait devenir un des lieux de pèlerinages les plus fameux d’Occident. Au cours de ses voyages, elle guérissait les malades et chassait les démons, servant pour tous d’instrument à la providence de Dieu. 

Au début de 451, comme Attila et sa horde sauvage de Huns approchaient dangereusement de Paris, en pillant et ravageant tout sur leur passage, les habitants de la cité, pris de panique, voulaient s’enfuir. Seule Geneviève garda son sang-froid. Elle réunit les femmes dans les églises pour implorer l’assistance de Dieu par le jeûne, les larmes et la prière, et s’efforça de redonner courage aux hommes. Mais certains s’opposèrent à elle et se préparaient même à la jeter à la Seine, lorsqu’un messager arriva de la part de saint Germain d’Auxerre, confirmant une fois de plus que Dieu avait élu Geneviève comme protectrice de la ville. De fait, conformément aux prédictions de la sainte, Attila se détourna bientôt de Paris, et, après avoir subi une cuisante défaite contre les Francs unis aux Gallo-romains, il s’éloigna.

Le roi des Francs, Childéric, exerça alors pendant une vingtaine d’années son hégémonie sur la région. Bien qu’encore païen, il montrait du respect pour l’Église et, sur les instances de la sainte, il consentit à adoucir les peines des prisonniers. Les Francs furent cependant repoussés par les Romains et cherchèrent à regagner l’avantage en retenant le ravitaillement de Paris. La disette menaçait et le peuple perdait à nouveau confiance en Dieu. Geneviève réunit alors une flottille avec de hardis bateliers et, au prix de grands dangers de navigation, elle alla faire provision de grains à Arcis-sur-Aube, puis revint en faire la distribution aux Parisiens, en privilégiant les plus pauvres.

En 481, Clovis devint roi des Francs et, sous l’influence de son épouse, sainte Clotilde [3 juin], il montrait un grand respect envers sainte Geneviève. Il écoutait ses conseils et n’hésitait pas à modifier sa
politique à l’égard des malheureux. Tandis qu’il achevait de conquérir la Gaule, sainte Clotilde resta auprès de Geneviève à Paris, et saint Remi venait parfois leur rendre visite pour s’entretenir avec elles des choses de Dieu. Trois saints veillaient alors sur la France naissante. 

Sainte Geneviève parvint ainsi à l’âge de quatre-vingts ans. Elle remit son âme au Seigneur, dans la paix, entourée de l’amour et de la dévotion de tout le peuple. Elle ne cessa pas toutefois d’exercer au cours des siècles sa protection sur la ville de Paris et ses habitants.

Ses précieuses reliques, déposées dans l’église Sainte-Geneviève, sur la colline appelée depuis du même nom, accomplirent d’innombrables guérisons. Lors des grands périls : guerres, sièges, épidémies, famines, inondations ou incendies, le peuple venait en foule auprès de sa sainte.

On faisait alors des processions solennelles, la châsse des reliques en tête, et Dieu ne manquait pas de montrer sa bienveillance par des miracles, en réponse aux prières de sainte Geneviève et à la foi du peuple de Paris.

Ces reliques furent brûlées pour leur plus grande partie et jetées à la Seine par les révolutionnaires, en 1793 î mais la sainte ne cesse pas d’être bien vivante aujourd’hui pour ceux qui savent l’invoquer avec foi. 

Par les prières de notre Mère, sainte Geneviève de Paris, Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous. Amen.

Vie des saints de l'Eglise orthodoxe

samedi 14 janvier 2023

Mémoire de notre Père Saint Séraphim de Sarov

Tropaire, ton 4

Dès ta jeunesse tu as aimé le Christ, ô bienheureux Séraphin, / et tu fus enflammé du désir de ne servir que lui ; / dans la solitude du désert / tu t'es adonné au travail et à la prière incessante ; / par ta tendresse et ta douceur, tu as acquis l’amour du Christ / et tu as été l’élu de la Mère de Dieu. // Par tes prières, ô père théophore, conduis-nous au salut.


Kondakion, ton 2

Ayant renoncé aux attraits du monde / et à ce qui est périssable en lui, / tu as choisi de demeurer à Sarov pour y mener une vie angélique ; / pour beaucoup tu fus une voie conduisant au salut ; / c’est pourquoi le Christ t’a glorifié, ô père Séraphin, /t’accordant le don des miracles et des guérisons ; / aussi te clamons-nous : //Réjouis-toi, ô notre père théophore.



SAINT SÉRAPHIM DE SAROV

Ce grand témoin de la lumière du Saint-Esprit s’est levé, tel un astre nouveau, sur la terre russe, le 19 juillet 1759, à l’époque où l’esprit des prétendues « Lumières » envahissait l’Europe et la Russie, préparant de loin les temps sombres de l’athéisme et de la persécution. Fils de pieux marchands de la ville de Koursk, il grandit dans la piété et l’amour de l’Église, et reçut dès son jeune âge les faveurs de la Mère de Dieu par une guérison miraculeuse. À dix-sept ans, il quitta le monde, muni de la bénédiction de sa mère, et entra au monastère de Sarov, situé dans le diocèse de Tambov au centre de la Russie, où il devint rapidement un modèle d’obéissance et de vertus monastiques. Avec joie et bonne humeur, il s’acquittait de toutes les tâches les plus astreignantes pour le service des frères, jeûnait pour vaincre les élans de la chair, et gardait jour et nuit son intelligence fixée dans le souvenir de Dieu par la Prière de Jésus. Au bout de quelque temps, il tomba très gravement malade et, malgré la douleur, il refusait l’aide des médecins, demandant uniquement le seul remède qui convient à ceux qui ont tout abandonné pour Dieu : la sainte Communion. Quand on lui apporta le saint viatique, la Très Sainte Mère de Dieu lui apparut, au sein d’une intense lumière, en compagnie des saints Apôtres Pierre et Jean le Théologien, et elle leur dit, en montrant le jeune novice : « Celui-ci est de notre race ! » Peu de temps après, il guérit complètement, et par la suite il fit construire une infirmerie sur l’emplacement de cette apparition.

Au bout de huit années de noviciat, il fut tonsuré moine sous le nom de Séraphim («flamboyant »), nom qui excitait encore davantage son zèle pour imiter ces serviteurs de Dieu incorporels et brûlants d’amour. Ordonné diacre, il passait les nuits entières en prière avant de célébrer la Divine Liturgie ; et, progressant sans cesse dans les saintes vertus, le Seigneur lui accordait en retour de nombreuses visions, extases et consolations spirituelles. Prudemment dirigé par ses Anciens, il ne tirait cependant aucune vaine gloire de ces faveurs divines. Elles lui étaient au contraire l’occasion de s’enfoncer dans l’humilité et le blâme de soi, et de rechercher davantage la solitude.

Peu de temps après son ordination sacerdotale et la mort de son père spirituel, il obtint la permission de se retirer en solitaire, dans la forêt profonde, à 6-7 kilomètres du monastère, et de bâtir une petite cabane en bois entourée d’un jardinet, sur une colline qu’il nomma la « Sainte Montagne ». Il y restait toute la semaine, ne rentrant au monastère que les dimanches et les jours de fêtes, et passait tout son temps dans la prière, la lecture et les labeurs corporels agréables à Dieu. Chacune de ces activités lui était une occasion d’élever sa pensée aux choses de Dieu. Il ne connaissait rien de profane ni de charnel, et supportait avec patience les rigueurs de l’hiver et les assauts des insectes l’été, heureux de partager ainsi les souffrances du Seigneur pour la purification de son âme. Il portait continuellement un gros évangile attaché sur son dos, comme le « fardeau du Christ », et il se rendait dans les endroits de la forêt, auxquels il avait donné les noms de lieux saints : Bethléem, le Jourdain, le Thabor, le Golgotha, afin d’y lire les péricopes correspondantes. Il vivait ainsi intensément chaque jour, la vie même et la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ. La méditation continuelle de la Sainte Écriture ne lui donnait pas seulement la connaissance de la vérité, mais elle lui procurait aussi la pureté de l’âme et la componction du cœur, de sorte qu’en plus de la récitation des offices divins aux temps fixés et de ses mille prosternations quotidiennes, il pouvait prier sans relâche, l’intelligence plongée dans son cœur. Il se nourrissait d’abord du pain fourni par le monastère, puis des seuls produits de son jardin ; mais il se privait bien souvent de sa pitance pour la distribuer aux animaux qui aimaient venir près de sa cabane, en particulier à un ours énorme, devenu aussi docile qu’un chat.

En voyant ce mode de vie si agréable à Dieu et si proche de celui des êtres incorporels, l’ennemi séculaire du genre humain, le diable, excité de jalousie, déclencha contre l’ascète du Christ ses attaques accoutumées : pensées d’orgueil, vacarmes, apparitions effrayantes, etc. ; mais le vaillant guerrier repoussait tous ses assauts par la prière et le signe de la Croix. Comme la guerre des pensées se faisait plus pressante, le saint décida d’entreprendre un combat digne des hauts-faits des stylites de jadis : il passa mille jours et mille nuits, debout ou à genoux sur un rocher, en répétant sans cesse la prière du Publicain : Ô Dieu, sois propice au pécheur que je suis ! (Lc 18, 13). C’est ainsi qu’il fut définitivement délivré du combat des pensées. Mais le diable ne s’en tenait pas encore pour vaincu, il envoya contre lui trois brigands qui, furieux de ne pas trouver sur le pauvre moine l’argent qu’ils espéraient, le frappèrent à coups de bâtons et avec le revers de sa hache, et le laissèrent à demi-mort, tout ensanglanté et les os rompus. Bien que de forte constitution, le doux Séraphim ne chercha pas à se défendre et s’offrit aux coups dans la pensée qu’il participait ainsi aux souffrances du Seigneur. Malgré son état lamentable, il réussit à se traîner jusqu’au monastère où, après cinq mois de souffrances, il fut miraculeusement guéri par une apparition de la Mère de Dieu, en tout point semblable à celle advenue lorsqu’il était novice. Il resta cependant voûté jusqu’à la fin de ses jours et ne se déplaçait plus que péniblement, appuyé sur un bâton.

Cette infirmité lui permit de gravir un nouveau degré de l’échelle dressée pour lui vers le ciel et d’entreprendre, de 1807 à 1810, le combat du silence dans la solitude. Aussitôt rétabli, il regagna son « désert » et, ne pouvant plus retourner régulièrement au monastère, il cessa aussi de recevoir ou d’adresser la parole à qui que ce soit. Chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un dans la forêt, il se prosternait profondément à terre devant lui, sans un mot, jusqu’à ce que celui-ci s’éloigne. Il pouvait garder ainsi son intelligence fixée en Dieu, sans interruption ni distraction. Entre temps l’higoumène du monastère mourut, et certains moines commencèrent à montrer une animosité marquée à l’égard du saint ermite, l’accusant de se séparer de la communion de l’Église.

Finalement, on lui donna l’ordre de regagner le monastère. Séraphim se soumit sans aucune opposition et s’installa dans une étroite cellule, où il commença un nouveau stade de sa vie ascétique : la réclusion. Dans le vestibule, il avait fait placer son cercueil, dans lequel il aimait prier, et dans sa cellule, où personne n’entrait jamais, il n’avait qu’un sac de pierres pour couche, un tronc d’arbre pour siège et une icône de la « Vierge de tendresse », appelée par lui « la Joie de toutes les joies », devant laquelle brûlait en permanence une veilleuse. Il vivait ainsi dans le silence complet, augmentant ses austérités, lisant et commentant pour lui-même chaque semaine tout le Nouveau Testament, priant sans cesse, le cœur en veille, et ayant les anges et les saints comme seuls témoins de ses fréquentes extases et ravissements de l’intelligence dans les demeures célestes.

Au bout de cinq ans de réclusion, il ouvrit sa porte, laissant entrer ceux qui voulaient le voir, mais sans rompre cependant son silence, même pour les visiteurs les plus importants. Puis, en 1825, l’heure d’abandonner la vie hésychaste lui ayant été révélée par la Mère de Dieu, il commença à faire profiter les autres hommes des fruits de son expérience : les moines d’abord, qu’il exhortait à l’observance des règles monastiques et au zèle dans l’œuvre de Dieu, puis les laïcs, en nombre rapidement croissant. Après avoir communié volontairement à la Passion du Seigneur pendant quarante-sept ans de vie ascétique, en passant successivement par les états de cénobite, d’hésychaste, de stylite et de reclus, ce petit vieillard habillé de blanc, tout courbé sur son bâton, se tournait vers les hommes, rempli de la grâce et de la lumière du Saint-Esprit, afin de s’acquitter du ministère supérieur de la paternité spirituelle (startchestvo et de devenir pour tout le peuple russe un véritable « apôtre », témoin et prédicateur de la Résurrection. Sa porte restait ouverte à tous jusqu’à la nuit. Il saluait ses visiteurs avec gaieté, en leur disant : « Ma Joie, le Christ est ressuscité ! » Il montrait une tendresse toute particulière envers les pécheurs qui venaient vers lui repentants, comme le fils prodigue vers son Père (Lc 11). Sa douceur surnaturelle convertissait les cœurs les plus durs, son humilité abaissait les plus fiers et leur faisait verser des larmes comme des enfants. Pour les aristocrates comme pour les hommes du peuple, la cellule du « pauvre Séraphim » était semblable à l’antichambre du ciel. Une conversation avec lui, ou une simple bénédiction, devenait un véritable entretien avec Dieu, qui pouvait changer radicalement l’orientation de leur vie. Grâce à son don de clairvoyance, il perçait les secrets des cœurs et les révélait aux pénitents qui n’osaient pas les avouer, il répondait à des lettres sans avoir besoin de les ouvrir, et savait donner à chacun le conseil, la consolation, l’encouragement ou la réprimande qui convenait. Complètement abandonné à la volonté de Dieu, il leur disait, sans examen, la première parole que Dieu lui révélait, et tombait toujours juste. Sa charité — c’est-à-dire l’amour de Dieu en lui — consolait tous, pardonnait tout, recouvrait tous.

Il accomplissait un grand nombre de guérisons miraculeuses, en oignant les malades avec l’huile de la veilleuse qui brûlait dans sa cellule ou en leur faisant boire de l’eau de la source, appelée par la suite « la source du Père Séraphim », située à peu de distance du monastère, dans son « désert proche », où il aimait passer ses après-midi. On lui adressait tant de demandes de prières, pour les vivants et pour les défunts, qu’il lui était impossible de commémorer tous les noms ; aussi allumait-il pour chacun un cierge dans sa cellule surchauffée et constamment illuminée de centaines de flammes, comme autant d’âmes vivantes. Dieu lui accorda aussi le charisme de la prophétie, et il prédit des événements à venir, tant pour des individus que pour tout le pays, comme la guerre de Crimée, la famine et la terrible épreuve qui devait ravager l’Église et le peuple russes un siècle plus tard ; mais il cachait ses prophéties derrière des paroles énigmatiques, qu’on ne comprenait qu’après la réalisation des événements.

Un soir de novembre 1831, le riche propriétaire Nicolas Motovilov, qui avait été récemment guéri par l’homme de Dieu et était devenu son ardent disciple, lui demanda : « Quelle est le but de la vie chrétienne ? » Le père Séraphim lui répondit : « C’est l’acquisition du Saint-Esprit, que l’on obtient par les œuvres saintes recommandées par l’Église, et surtout par la prière. » Comme son interlocuteur le pressait de questions pour savoir plus précisément qu’est-ce que la grâce du Saint-Esprit, le starets le prit soudain dans ses bras, le regarda fixement — son visage était devenu plus brillant que le soleil en plein midi —, et il lui dit avec autorité : « Regardez-moi, Ami de Dieu, ne craignez pas. J’ai demandé au Seigneur de tout mon cœur de vous rendre digne de voir de vos yeux corporels la descente du Saint-Esprit. Et voilà ! Vous êtes devenu, comme moi, tout lumineux. Vous avez été aussi rempli de la grâce du Saint-Esprit, sinon il vous serait impossible de me voir ainsi dans cette lumière. Que ressentez-vous ? » Motovilov répondit : « Un calme, une paix indicible. Mon cœur est rempli d’une joie inexprimable. — « Et encore ? » — « Une chaleur et un parfum, tels que je n’en ai jamais ressentis. » — « Ce parfum est la bonne odeur du Saint-Esprit, répondit le saint, et cette chaleur n’est pas extérieure, puisque nous sommes en plein hiver et que toute la forêt autour de nous est couverte de neige, mais elle est en nous, conformément à la parole du Seigneur qui a dit : Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous (Lc 17, 21). » Cet entretien dura encore longtemps et, à la fin, saint Séraphim demanda à son disciple de le rédiger par écrit et de le transmettre au monde entier. Le manuscrit de Motovilov ne fut retrouvé que bien plus tard, en 1903, à la veille de la canonisation du saint, et il a connu depuis une diffusion considérable . C’est le message ultime de lumière et d’espérance que le prophète de Sarov laissait à la Russie et à l’Église tout entière. Dans ses instructions, il disait aussi souvent : « Ma Joie, acquiers l’esprit de paix, et alors des âmes par milliers seront sauvées autour de toi. » Cette paix intérieure, qu’il avait acquise au prix de tant de labeurs, se répandait autour de lui comme joie et lumière ; c’est pourquoi saint Séraphim ne laissa pas à la postérité un enseignement très développé, mais plutôt un modèle de vie.

Alors qu’il n’était encore que diacre, la fondatrice du couvent de Divéyevo, situé à quelques kilomètres de Sarov, avait confié au père Séraphim la direction spirituelle de sa communauté naissante. Pendant toute sa vie, il montra une attention paternelle pour ses filles spirituelles. La communauté grandit rapidement, malgré les difficultés économiques. Saint Séraphim l’organisa selon un mode strictement cénobitique, avec la sentence : « En tout temps, ayez les mains au travail et les lèvres à la prière. » Sur l’ordre de la Mère de Dieu, il fonda un second couvent, dit du « Moulin », avec ses filles les plus chères, auxquelles il donna une règle de vie centrée sur la Prière de Jésus. Malheureusement, après la mort du starets, Satan suscita un moine envieux et intrigant, qui s’efforça par tous les moyens de ruiner la réputation et l’œuvre du saint. Il fit fermer le Moulin et occasionna de nombreuses tribulations aux religieuses.

Un jour, quelque temps avant la fin de son séjour terrestre, Séraphim fit venir une moniale de Divéyevo et lui annonça, en la couvrant de son manteau : « Nous allons avoir la visite de la Mère de Dieu. » Le moment venu, il la releva et un bruit semblable à celui d’un vent violent dans la forêt se fit entendre, suivi par des hymnes de l’église ; la porte s’ouvrit d’elle-même, et la cellule fut soudain inondée de lumière et d’un parfum très suave. Le saint tomba à genoux, et la Mère de Dieu apparut, précédée de deux anges, de saint Jean-Baptiste et de saint Jean le Théologien, et suivie de douze saintes vierges martyres. La moniale tomba à terre, croyant perdre la vie, alors que le père Séraphim se tenait debout et s’entretenait tendrement avec la Reine du Ciel, comme un ami. La Toute-Sainte lui promit de toujours prendre soin des sœurs de Divéyevo, et en disparaissant elle lui dit : « Mon bien-aimé, bientôt tu seras avec nous ! » Quand ils se retrouvèrent seuls, le starets confessa à la moniale que c’était la douzième apparition divine que le Seigneur lui accordait.

Parvenu à l’âge de soixante-dix ans, souffrant cruellement des suites de ses blessures, mais sans rien relâcher de son activité, saint Séraphim parlait de plus en plus souvent de sa mort prochaine, avec joie et le visage rayonnant. Le 1er janvier 1833, après avoir communié, il vénéra toutes les icônes de l’église, en allumant devant chacune un cierge, et bénit tous les frères en disant : « Faites votre salut ! Veillez ! Des couronnes vous sont préparées ! » Puis, après avoir visité son tombeau, il s’enferma dans sa cellule et rendit son âme à Dieu la nuit même, à genoux, en chantant les hymnes de Pâques. Tout le peuple des environs se rassembla pour ses funérailles.

Par la suite, l’homme de Dieu continua de visiter et de secourir ses enfants spirituels par de nombreuses apparitions et guérisons, et la dévotion du peuple ne cessa de grandir, malgré les oppositions. Finalement, la canonisation de saint Séraphim, le 19 juillet 1903, en présence de la famille impériale, de nombreux évêques et d’une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes, venues de toutes les régions de la Russie, marqua son triomphe. Ce fut une dernière manifestation de l’unité du peuple russe et de la gloire de l’Église avant la grande épreuve. Ses précieuses reliques, portées en procession au-dessus de la foule, accomplirent alors de nombreux miracles. En 1926, les bolcheviques les confisquèrent et l’on perdit leurs traces. De manière providentielle, ces précieuses reliques furent retrouvées, en 1991, dans les réserves du Musée de l’Athéisme de Saint-Pétersbourg. Ayant été dûment authentifiées, elles furent solennellement transférées au monastère de Divéyevo, au terme d’une procession triomphale et émouvante à travers les grandes villes de Russie. Cet événement inaugura en quelque sorte la renaissance de la vie religieuse en Russie.

(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)

vendredi 13 janvier 2023

Fête de la circoncision dans la Chair de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ

Le 1er janvier dans le calendrier des Saints Pères, qui correspond au 13 janvier de notre calendrier civil

Huit jours après la naissance du Sauveur, ses parents le firent circoncire (Lc 2, 21), conformément à l’ordre donné par Dieu à Abraham au moment où Il lui promit d’établir une alliance éternelle avec lui et toute sa descendance : Et voici mon alliance qui sera observée entre Moi et vous : c’est-à-dire ta race après toi (…) quand ils auront huit jours tous vos mâles seront circoncis de génération en génération (Gn 17, 10-12). 

Celui-là même qui, par amour des hommes, a accepté de revêtir la nature humaine qu’il a créée, a poussé la compassion jusqu’à assumer celle-ci dans son état déchu et corrompu, sans toutefois se soumettre au péché. 

Par le retranchement de ce morceau de peau morte, symbole de la mortalité des hommes pécheurs, Lui, le Pur, le sans-péché, acceptait de recevoir le signe de la réconciliation qu’en tant que Dieu et Auteur de la Loi Il avait Lui-même instituée. 

Dès son arrivée sur la terre, Il se soumet humblement au précepte de la Loi, montrant ainsi que les figures obscures trouvent en lui leur accomplissement. Les quelques gouttes de sang qu’Il verse en ce jour sont le prélude du sang qu’Il va bientôt verser sur la Croix pour laver les péchés du monde et nous délivrer de notre condamnation ; c’est pourquoi, avec la circoncision du Seigneur, c’est en fait le mystère complet de notre Rédemption que nous commémorons. 

Aujourd’hui, par la circoncision du Second Adam, prend fin la circoncision charnelle de l’ancienne Alliance, et la Nouvelle et véritable Alliance, marquée par une circoncision spirituelle, est inaugurée par son sang. Le baptême chrétien constitue cette véritable circoncision spirituelle, ce signe de l’appartenance au peuple nouveau, non plus par le retranchement d’un morceau de peau morte, mais par l’affranchissement de la mort elle-même accomplie par la communion à la mort et à la Résurrection vivifiantes du Seigneur. Pour cette raison, saint Paul et les Apôtres se sont opposés avec énergie à ceux qui voulaient contraindre les convertis venus du paganisme à se faire circoncire (Act 15, 5-30 ; 1 Cor 7, 18-19 ; Gal 2, 6 et 6, 15). C’est en Lui (le Christ), dit-il, que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas de main d’homme (…) telle est la circoncision du Christ : ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts (Col 2, 1 1-12). 

En effet dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision, mais seulement la foi opérant par la charité (Gal 5, 6). En mettant un terme au précepte de l’Ancienne Alliance par sa propre circoncision, le Christ nous appelait donc à la circoncision du cœur, au renouvellement spirituel, qu’Il avait déjà annoncé par ses prophètes (Jr 4, 4 ; Rm 2, 25-29). 

C’est également sous forme de prophétie que Dieu avait ordonné à Abraham de pratiquer la circoncision de la chair une fois accomplis les sept premiers jours de la vie de l’enfant, symbole de l’ensemble du déroulement du temps (Gn 1). Le huitième jour figurait donc le passage au-delà du temps de ce monde de mort vers la vie éternelle, qui nous a été ouvert par la Résurrection du Seigneur le « huitième » jour de la semaine, lequel est également le premier et unique jour de la vie sans fin et sans changement. En étant circoncis le huitième jour après sa naissance, le Christ nous annonçait donc sa Résurrection et notre délivrance finale. Conformément à l’usage, Joseph, en ce jour,  donna à l’enfant le nom que l’Ange de Dieu lui avait indiqué à (Mt 1, 21 ; Lc 1, 31) : JÉSUS, c’est-à-dire Sauveur. Par ce seul nom était ainsi révélée sa mission sur la terre, ce pourquoi le Dieu éternel et Créateur s’est fait homme. 

Le nom de JÉSUS résume et exprime tout le mystère de notre Salut. Plus qu’un mot conventionnel, il rend mystérieusement présente la Personne elle-même du Sauveur, dans toute sa puissance triomphante. 

Ainsi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ qu’il est SEIGNEUR à la gloire de Dieu le Père (Phil 2, 9-11). Comme le montre d’innombrables exemples dans la sainte Écriture (Act 3, 6 ; 4, 7, 10, 30 ; 10, 43 ; 16, 18 ; 19, 13, etc.) et dans les Vies des saints, c’est par le Nom de Jésus invoqué avec foi que les miracles s’accomplissent, que les démons et les forces de la mort prennent la fuite, comme brûlés par le feu de sa divinité, conformément à sa promesse : Et tout ce que vous demanderez en mon Nom, je le ferai… (Jn 14, 13). 

C’est pourquoi, les chrétiens orthodoxes, témoins de ce Nom qui procure la Vie (Jn 20, 31), se doivent de tout faire au nom de Jésus : Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par Lui grâce au Père (Col 3, 17). En répétant sans cesse, en toutes circonstances et à chaque respiration la sainte prière : « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi pécheur ! » ce sera la Personne même de notre Seigneur qui habitera nos pensées, qui inspirera notre conduite, qui purifiera nos passions et qui, trouvant peu à peu une demeure stable dans notre cœur, fera alors resplendir en nous la Lumière divine de sa Face. La commémoration de la Circoncision, le huitième jour après la Nativité, est donc aussi la fête du saint Nom de Jésus et de la prière qui nous procure la grâce de son Esprit Saint.

Ce même jour, nous faisons mémoire de notre Père parmi les Saints

SAINT BASILE LE GRAND

Archevêque de Césarée en Cappadoce (379)

Basile naquit à Césarée de Cappadoce vers 329-330. Il étudia à Césarée, puis à Constantinople sous le célèbre rhéteur Libanius, enfin à Athènes, où il se lia d’une étroite amitié avec saint Grégoire de Nazianze. Peu après son retour à Césarée, qui eut lieu vers 36, il se retira dans la solitude aux environs de Néocésarée, où sa mère et sa sœur Macrine menaient déjà la vie monastique. C’est alors qu’il composa ses écrits ascétiques. Il fut ordonné prêtre par Eusèbe, archevêque de Césarée, et, à la mort de ce dernier, il fut élu en 370 pour lui succéder et régir l’Église du Christ. Après l’avoir gouvernée pendant huit ans, durant lesquels il se montra témoin de la vérité en face de l’hérésie et plein de courage devant les menaces de l’empereur arien Valens, il mourut le 1er janvier de l’an 379. Le saint écrivit un grand nombre d’ouvrages théologiques, des règles monastiques, qui lui ont valu le titre de « révélateur du ciel » dans les textes liturgiques. Il est aussi l’auteur de la Liturgie qui porte son nom.

(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)